Témoignage

Conversation avec une adulte anorexique rencontrée sur Internet

 

 

- Comment cela est arrivé ? a commencé ?

Disons que étant petite, j'étais plutôt ronde, un gros bébé

puis, vers les 8-9 ans, je me suis affinée

et je suis devenue une adolescente mince.

Il y a 9 ans, j'ai rencontré un homme

avec qui j'ai eu une histoire plutôt compliquée (il était marié)

et là, j'ai commencé à maigrir petit à petit.

Au fil des années je devenais maigre.

- Votre ami vous le demandait?

Non, pas du tout, il était bon mangeur et m'incitait à manger plus.

Je mesurais 1.68m et je me suis retrouvée avec un poids de 39kilos.

- Pourquoi vous priviez vous ainsi?

Je disais donc que je sautais les repas et en fait je me sentais mieux le ventre vide.

- Vous n’aviez jamais faim? Jamais envie d’avaler un petit truc!??

Si, mais on n’y pense plus et ça passe.

- Et comment vous êtes vous rendue compte que ça devenait de l'anorexie!? (ou les autres s'en sont rendu compte!?)

Je vivais en Espagne à l'époque. J'étais arrivée à un tel point de désespoir (j'avais une forte dépression) que j'ai demandé à ma mère de venir quelques jours .

J'avais une amie qui me disait que j'étais anorexique mais je n'y croyais pas une seconde.

- Et c’est donc votre mère qui vous a ouvert les yeux?

Pas du tout ! Elle était convaincue comme moi que je ne l'étais pas.

Je mangeais le midi normalement mais je ne mangeais pas le soir ou vraiment rarement.

J'avais des crises d'angoisse terribles principalement le soir ou après avoir mangé.

- Vous ne preniez pas de petit déjeuner?

Un fruit et un thé, rarement plus.

J'avais une peur atroce de vomir et cela me limitait encore plus dans mes repas.

- Vous  n'aviez pas de crise de boulimie?

J'avais parfois tendance à manger trop de chocolat ou de douceurs mais jamais à n'en plus pouvoir.

Comme je t'ai dit je suis une anorexique atypique :

donc pas de boulimie, pas de potomanie et pas de vomissements provoqués,

pas de tri d'aliments non plus.

Aucun calcul de calories, je suis au contraire gourmande !

- Et entre votre dîner et le moment où vous alliez vous coucher vous ne mangiez plus rien?

Non surtout pas, j'avais tellement peur de vomir !!!

- Comment avez vous découvert la maladie?

En fait ma mère qui était venue pour quelques jours est restée 9 mois !!!

Elle a essayé de me convaincre de rentrer en France et j'ai finalement cédé.

A mon retour, j'ai acheté des bouquins sur les T.O.C. et les phobies car pour moi, la raison de tout était ma peur de vomir.

En lisant un livre, j'ai été convaincue par l'auteur (un grand psychiatre parisien) j'ai donc pris un rendez-vous avec lui.

Il m'a d'entrée proposé une hospitalisation afin de déterminer le problème.

J’ai accepté avec bien du mal (un séjour en hôpital psychiatrique c’est effrayant !!!)

Je suis rentrée dans une unité d'observation comportementale.

- Ca doit être horrible mais tellement bénéfique, non?

Oui, mais pas tout de suite.

Je me suis retrouvée avec des squizos, des alcolos et des anorexiques.

Mais, c'est terrible d'être avec des gens qui se maltraitent physiquement à ce point.

En fait, je ne faisais pas mieux qu'eux.

- Vous vous rendiez compte que vous étiez dans un cas extrême?

Non, parce que j'avais encore mes cheveux, mes règles et pas de carence contrairement aux autres filles qui avaient l'air de suivre un traitement de chimio ou étaient en phase terminale d'un cancer, c'était terrible !!!

Finalement, on ne ressemble plus à rien...

Il y avait une fille qui se faisait vomir jusqu'à l'arrêt cardiaque, ça l'amusait...elle en voulait tellement à sa famille que c’était son moyen de vengeance pour les faire flipper !!!

Elle téléphonait en cachette à sa mère (son pire ennemi bien qu'elle n'en sache rien) et à chaque fois qu'elle avait parlé à sa mère, elle se faisait vomir et essayait de me refiler sa nourriture en cachette.

J'ai fini par la dénoncer pour son bien.

Tu sais quand tu es dans un programme comme ça on coupe les relations avec l'entourage pour qu'aucune influence puisse interférer dans le traitement.

- Vous n’aviez droit à aucun coup de téléphone  ni rien

c’est bien ça!?

Alors pas de téléphone, pas de courrier, pas de sortie, pas de visite... et dans mon cas même pas de jeux. Je restais enfermée dans ma chambre toute la journée si je n'avais pas assez grossi.

- Qu’est ce que tu faisais de tes journées?

Rien, je n'avais pas le droit à la télévision non plus, je lisais c’est tout ce que je faisais et je fumais (ça j'avais le droit mais sous surveillance).

Je suis restée 3 mois et j'ai quand même pris mes 10 kilos.

- Tu ne les as pas reperdu quand même!??

Non ! Je pèse 51 kilos, je suis mince mais je suis de nature mince.

Dès que je descends trop, je reprends du poids, je surveille mon poids car je sais que c’est important.

- Quelle a été la réaction de ta famille!?

Ma famille est restée plutôt cool.

Ma soeur (qui est un amour) venait régulièrement m'apporter des affaires et des petits cadeaux.

Elle laissait tout ça aux infirmières qui triaient tout et enlevaient les petits mots d'encouragement que ma soeur cachait.

- C’est injuste, c’est terrible !!

Oui, mais comme j’ai un peu triché c’était pas grave.

J'avais caché mon portable.

J'avais envoyé un sms à ma soeur en lui expliquant que ma fenêtre donnait sur l'entrée du personnel.

Alors elle venait et on communiquait en écrivant sur des feuilles ou en faisant des mimes.

- Tu avais quel age?

J’avais 30 ans et j’en ai 34 maintenant.

- Ca faisait déjà quelques mois que tu étais en poids insuffisant?

Quelques années je dirais.

- Et comment tu te nourris maintenant?

Normalement, je mange dans un restaurant d'entreprise le midi et le soir chez moi, je mange équilibré et je ne me prive de rien.

- Et tu ne prends pas de petit déjeuner?

Si, mais je le prends en général a la cafeteria avec mes collègues,

mais en fait je préfère le prendre chez moi ; je mange en général une banane avec un thé et un actimel.

- Quel est ton poids et ta taille maintenant?

1.68m (j'ai pas grandi dommage) et 51 kilos.

- Tu suis encore des séances de psy c’est bien ça!?

Oui, et je suis encore sous antidépresseur (un demi cachet par jour).

- T’as jamais eu honte de ta maladie?

Non, jamais !

Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

- J’adore aider les gens.

 J’ai donc décidé de prendre le problème de l’anorexie

pour essayer de mieux vous comprendre.

J’avais déjà vu des émissions de TV (de Delarue) et cela m’avait beaucoup touchée.

Tu peux ajouter qu'il y a un taux de mortalité de 50 %. Peu de gens le savent

Donc une fille sur 2 en meurt.

Tu sais, la fille avant moi dans ma chambre d'hôpital est morte et la suivante à essayé de se suicider, je me considère comme une grande chanceuse. Je pense que j'ai été assez forte pour m'en sortir hélas ce n'est pas le cas de tout le monde.

- Oui et franchement je tiens encore à te féliciter car tu as fait preuve non pas de chance mais de courage!! cette maladie est un gouffre et je t'en courage a maintenir ton poids.

-Encore un tout grand merci pour ton attention et ta générosité!!

Comme prévu, je t’enverrai une copie de mon travail!

Je te souhaite bonne chance pour  ton dossier et si tu as encore des questions n'hésites pas!

- Gros bisous

Bonne soirée bisous

- Merci

 

http://home.scarlet.be/brake/temoignages.htm

 

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