Traitements proposés pour soigner l’anorexie.

Devant un trouble aussi manifestement psychogène7 et lié à un monde de relation, il est évident que le traitement sera avant tout psychologique. En effet l’action des sédatifs8 consiste seulement à diminuer l’intensité du refus en affaiblissant la vigilance. Les anabolisants9 ont pour but de stimuler l’appétit : leur rôle ne peut être qu’accessoire quand l’essentiel est une conduite de refus. La prescription d’une hospitalisation ou d’une séparation parentale est une mesure extrême qui doit être réservée aux cas qui ne peuvent pas être traités dans le cadre familial.

Mais avant tout, il faut savoir qu’une adolescente anorexique ne se considère pas comme une malade. La façon dont elle voit son propre corps est faussée. C’est pour cette raison que peu d’anorexiques décident seules d’aller voir un médecin ou un psychologue. Presque toujours, ce sont les parents ou les amis qui , s’inquiétant de les voir si maigres, leur conseillent de demander l’avis d’un spécialiste.

Pour que le traitement fonctionne, il faut que la jeune fille anorexique ait reconnu qu’elle a un problème avec la nourriture. Et surtout qu’elle veuille s’en sortir.

 

4.1. Les thérapies

 

Un médecin généraliste peut surveiller l’état de santé physique de la patiente mais la psychothérapie individuelle est toujours conseillée. Plusieurs types de thérapies sont possibles, les plus fréquentes sont l’approche analytique et l’approche comportementale. La première cherche les causes du mal-être et des symptômes. En racontant son vécu, la patiente découvre des parties cachées de sa personnalité et peut les accepter. L’analyse comportementale aide à modifier son comportement et ses émotions grâce à l’auto- observation et à des techniques concrètes c’est-à-dire des petits exercices progressifs pour changer son rapport à la nourriture..

D’autres types de traitements se développent (phytothérapie, sophrologie…) mais restent simplement complémentaires à la psychothérapie.

Parfois, si son état de santé l’exige, la patiente doit être hospitalisée pour se remettre sur pied physiquement et psychologiquement en suivant une thérapie multidisciplinaire.

 

 

4.2. Rôle d’une diététicienne

 

J’ai eu l ‘occasion de rencontrer une diététicienne qui reçoit de jeunes anorexiques qui ne sont pas hospitalisées. Je vais essayer de vous expliquer sa façon de travailler avec ces jeunes filles.

Leur première rencontre dure entre 2 et 3 heures. Tout dépend de la démarche qui a été faite au moment de la prise de rendez-vous. La diététicienne va poser un maximum de questions, pour faire parler l’anorexique le plus possible afin de comprendre : ce qu’elle ressent, ce qu’elle est prête à faire comme effort et essaier d’évaluer sa volonté.

Elles se voient toutes les semaines. L’anorexique doit noter tout ce qu’elle mange pendant sa journée. Les deux premières semaines la jeune fille perd généralement encore du poids. Le corps doit se réhabituer, tout ce qu’elle avale est vite brûlé. Les deux semaines suivantes elle se stabilise. Il n’est pas rare que l’anorexique téléphone au milieu de la semaine pour demander des renseignements mais surtout pour être rassurée. Et, ce n’est qu’après un mois, qu’elle commence lentement à reprendre du poids.

L’anorexique doit faire une prise de sang. La diététicienne va utiliser les résultats pour faire remanger la jeune fille. Par exemple, s’il y a un manque de triglycérides10, elle va lui conseiller de manger un morceau de chocolat (sucre lent), ainsi qu’en cas de crampes musculaires. Elle aggrave toujours les résultats pour faire peur à l’adolescente. Le régime débute par des produits light afin de lui prouver que ce n’est pas de la graisse qu’elle doit récupérer mais bien du poids.

Les anorexiques ont souvent des problèmes hormonaux, elles n’ont plus leurs règles. Pour récupérer il faudra un BMI11 supérieur a 18. Il faudra le maintenir 6 à 12 mois pour que tout le cycle hormonal se remette en route. Elles ont souvent des complications avec leur intestin et estomac à cause de leur mauvaise hygiène alimentaire. Certaines aggravent la situation en prenant des laxatifs12.

Il faut savoir qu’elles boivent énormément d’eau pour se sentir « lavée », « propre » car pour elles leur alimentation les salit.

Ces filles sont très manipulatrices, mais dès qu’elles ont une diététicienne et qu’une confiance et complicité s’installent, elles ne mentent pas. La diététicienne doit elle aussi être honnête en ce qui concerne par exemple la composition des aliments qu’elle leur conseille, car elles connaissent très bien les composants des aliments (calories, protéines, vitamines, etc...).

Pour un meilleur travail, et afin de ne pas se contre- dire, la psychologue et la diététicienne se mettent souvent en contact.

 

4.3.  Le cas de l’hospitalisation

 

Cette mesure est utilisée quand les méthodes simples ne suffisent plus et quand la relation est engagée sur un mode très stéréotypé très difficile à modifier.

Une jeune fille rentrera à l’hôpital pour suivre un régime équilibré et un traitement psychologique. Dès son arrivée, elle sera pesée et mesurée. On calculera le poids idéal qu’elle devra atteindre et la différence sera divisée en 3. En effet, ce traitement comprend 3phases : tout d’abord elle logera toute seule dans sa chambre, elle ne pourra avoir aucune visite ni de sa famille ni des autres hospitalisées. Elle ne recevra et donnera aucun coup de téléphone.

Elle ne pourra prendre part à aucune activité. Elle aura donc comme seul contact la nourriture et quelques infirmières. Une fois qu’elle aura atteint la moitié de prise du poids attendu en phase n°1, elle pourra assister à des réunions de groupe, fera de l’ergothérapie13, sera prise en charge par un psychologue et aura enfin droit à 2 heures de visite par semaine.

Lorsqu’elle arrivera au poids attendu par le médecin pour la phase 1, elle passera en phase 2.

Là, elle sortira quelques heures le samedi et le dimanche et pourra passer un coup de téléphone par semaine. Mais aucune activité physique ne sera autorisée par peur de reperdre du poids ! Et enfin lorsqu’elle entrera dans la phase terminale, elle pourra rentrer tout le week-end chez elle. Dans certains cas, la réalimentation par sonde est nécessaire

 

(Ce règlement est celui appliqué à l’hôpital « Le domaine, Unité des troubles alimentaires à Braine- l’Alleud » surnommé « Alcatraz ».)

 

http://home.scarlet.be/brake/chap4.htm

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